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Channing Frye ou l’éclosion d’un Big Man…

Le 9 mars 2010 à 2:36 par Wilfried Bivina

Le mot «potentiel» dans la bouche d’un coach NBA a souvent une connotation lourde de sous- entendus. Celles qui vous amènent en bout de banc parce que vous n’êtes pas encore équiper pour contribuer au succès de votre équipe, qui vous rattachent votre nom à la mention DNP sur les feuilles de matchs et parfois vous ouvre droit les portes de la D-League, avec tout ce que cela peut entraîner comme désarroi personnel et mépris des fans. Quand ce n’est pas de vos coéquipiers.

Et lorsqu’en pleine draft 2005, Isaiah Thomas alors coach et GM des Knicks évoque le fort potentiel de Channing Frye, son désir de le voir exploser.

Ceux qui savent lire entre les lignes prévoient déjà que des moments difficiles attendent le natif de White Plains, NY. Et l’adage qui dit que «nul n’est prophète chez soit» va se confirmer avec une tragique acuité.

Après 14 matches joués et des stats plus qu’honnêtes (12.5 pts et 5 rbds par match pour un total de 24 minutes jouées) Channing Frye se retrouve en bout de banc et finit même par disparaître de la rotation intérieure des Knicks. Et les reproches de pleuvoir: «trop soft», «pas de post moves», «mauvais rebondeur», «pas d’intensité, pas de défense» de la bouche même de ceux qui l’encensaient, et qui définissaient son jeu d’intérieur comme étant une préfiguration du big man du futur. Mais les résultats des Knicks n’aident pas à la tolérance et encore moins à la patience à ce moment là.

Du coup après deux saisons, il est transféré aux Blazers en échange d’un certain Zach «Zebo» Randolph, qui s’il présente de solides garanties en attaque, n’a jamais été réputé pour sa défense. Exactement ce qui était reproché à Frye…

Pour ce dernier, c’est l’occasion idéale non seulement de se tirer du marasme new-yorkais (Starbury, Eddy Curry,Crawford & Co) et de se relancer en terme de temps de jeu, même si alors aux Knicks on lui fait un tout petit peu plus confiance : 59 matches en titulaire joués contre 14 la première saison pour sensiblement le même temps de jeu. Mais son nouveau coach Nate McMillan ne l’entend pas de cette oreille. Il lui faut un vrai big man à l’ancienne. Ce qui veut dire rebonds, contres, et jeu dos au panier. Du coup son temps de jeu chute, ses stats, et bien sur sa confiance. Il perd sa place de starter plusieurs fois au courant de sa première saison dans l’Oregon. Puis se retrouve une fois de plus abonné au banc.

Mais le destin va lui donner un coup de pouce. Joel Przybilla va se blesser et obliger McMillan a ouvrir son banc. Une occasion que son éthique de travail et sa persévérance vont lui permettre de saisir à deux mains. Il va enchaîner des double-doubles sur une dizaine de matches démontrant ainsi qu’il vaut mieux que du benchwarming. Alors que les Blazers l’envisagent comme un back up de qualité pour Lamarcus Aldridge pour la saison prochaine (2009-2010 ) ses performances, bien que fugaces, ont tapé dans l’œil des scouts des Suns qui sont à la recherche d’un big man pour pallier à l’éventuel départ de Stoudamire et à celui déjà effectif du Shaq. Son profil séduit Steve Kerr le GM des Suns, et ce qui a priori était considéré comme une tare aux Blazers et aux Knicks va se révéler être un formidable atout dans l’Arizona. Sa capacité à s’écarter du cercle et à tirer à trois points s’harmonise parfaitement avec le mid game d’Amare Stoudamire qui a besoin d’espace pour s’exprimer. Ce que la présence du Shaq ne permettait pas forcément… C’est donc en Arizona – nom de la fac où il évoluait soit dit en passant, pas anodin – qu’il va poser ses bagages au cours de l’été 2009.

Les Suns seront donc sa troisième franchise en cinq ans de carrière.. A priori rien de très rassurant pour l’ancien pensionnaire des Wildcats. Mais sous le coaching avisé d’Alvin Gentry et dans le Run and Gun des Suns, sa polyvalence et son adresse extérieure vont trouver toute leurs mesures (11.6 pooints et 5.2 rebonds en 28′, 9ème au pourcentage de tirs – 43.4% – et 3ème au nombre tirs réussis à 3 pts en NBA cette année) lui permettant même de devenir le premier « pivot » à participer au Shooting Contest – le concours de trois points – depuis Sam Perkins en 1997.

La carrière d’un joueur NBA se joue souvent sur des coups du destin. Celle de Frye n’y échappe pas et si le sort ne lui a pas toujours réservé les situations les plus enviables. Il a su réagir avec beaucoup de brio par son professionnalisme et une bonne humeur inentamable. Plus qu’un mode de survit dans l’univers impitoyable du sport professionnel, son parcours est une leçon de vie pour toute personne confrontée à l’adversité…


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