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Les pensions pour les ex-joueurs NBA, la règle oubliée

Le 2 mars 2010 à 2:58 par Gabriel Pantel Jouve

« Pourquoi Johan Petro, Ian Mahinmi ou Yakhouba Diawara ne préfèrent-il pas revenir en Europe trouver du temps de jeu plutôt que d’enchaîner les DNP sur le banc de leur franchise respective ? » telle est la question qui nous revient tous les jours.

Salaires, exposition, prestige, confort de vie sont quatre arguments qui pèsent leur poids. Mais une ne revient jamais : la question des pensions.

60% des joueurs sont ruinés seulement cinq ans après leur retraite

Car la NBA est généreuse. Elle est la ligue où les joueurs sont le mieux payés en moyenne (environ 5 millions par an). Pourtant un chiffre fait tâche. Une enquête menée par la N.B.P.A. (National Basket-ball Professionnal Association) a révélé que 60% des joueurs sont ruinés seulement cinq ans après leur retraite.

Pourtant, les grandes ligues américaines possèdent un système qui n’existent pas en Europe : celui des pensions.

Un système inconnu en France et que l’on oublie trop souvent. Nous les premiers. En effet, dans une rubrique appelée « Ils ont choisi la France« , Le Monde nous rappelait l’an passé dans un portrait sur Ron Anderson – ancien NBAer (1984 à 1994), meilleur marqueur de Pro A avec Montpellier (1994/95) et aujourd’hui à 51 ans joueur de La Séguinière en N3 – que celui-ci pouvait compter sur sa pension d’ancien joueur NBA pour vivre confortablement.

Instauré en 1965

L’instauration des pensions a fait suite à la menace d’une grève. En 1964, le All Star Game doit (déjà) être retransmis par un important dispositif à la télévision. Mais mené par le syndicaliste de toujours Oscar Robertson – là aussi, un élément oublié de sa magnifique carrière -, les joueurs menacent de ne pas jouer le match afin d’accéder à de multiples revendications (maximum de 82 matchs par saison, être payé lors des matchs d’exhibition et réduire leur nombre…). Parmi celles-ci, la mise en place d’un système de pension. A l’âge de 65 ans, les joueurs auront droit à 600 dollars par mois du moment qu’ils ont joué dix ans dans la ligue. Une nouvelle législation que ne prendra en compte alors que les années à venir et non pas les années futures.

Les NBAers «pre-1965» mis de côté

Jusqu’au All Star Game de Las Vegas en 2007, l’histoire aura fait scandale. Comme nous venons de le dire ci-dessus, les joueurs ayant joué avant 1965 n’étaient pas concernés par le système de pension et ce jusqu’en… 1988 ! A cette époque là, David Stern, déjà commissionner, rectifia le tir. Ou plutôt, l’atténua. Le cinquième amendement du « 1965 pension program« , il permet aux joueurs ayant joué en NBA avant cette date fatidique de bénéficier eux aussi de pensions. Mais celles-ci ne sont pas du même ordre que celles données aux joueurs ayant évolué en NBA après 1965. En effet, les conditions d’attributions de ces pensions sont différentes (cinq ans de contrat NBA contre trois pour les « post-65ers ») et leur montant n’est pas le même (100 dollars par mois par saisons jouées contre 200). Cette injustice fut longtemps montrée du doigt par une groupe nommé « The pre-pension players » fondé en 1988 par Bill Tosheff, ancien joueur d’Indiana et de Milwaukee ayant joué trois ans en NBA dans les années 50 (1951/54). Une injustice réglée donc en 2007, à l’occasion du All Star Game de Las Vegas où David Stern remis à égalité les conditions d’attributions et montants des pensions (avoir évolué trois ans en NBA et 3600 dollars par mois pour chaque saison jouée en NBA au lieu de 2400). A l’époque de ce changement, 85 personnes ayant joué avant 1965 trois ou quatre ans en NBA ont bénéficié de celui-ci.

Le montant des pensions très flou

On ne vous le cache pas, on ne s’aurait vous dire avec exactitude le montant des pensions que touchent les joueurs NBA suite à leur carrière. Mais pour vous informer au maximum sur le sujet, voici la retranscription de toutes les informations que nous avons réussi à collecter sur le sujet :

  • Le chiffre de 306.34 dollars par mois multiplié par le nombre de saisons joués dans la grande ligue revient souvent sur la table. Ainsi, de nombreux internautes calculent les pensions de la sorte : Magic Johnson a joué treize saisons en NBA. On multiplie 306.34 par treize ce qui fait la pension mensuelle de Magic versée par la NBA : soit 3 983.2 dollars. Multiplié par douze cela donne 47 798,4 dollars, la pension annuelle.
  • Autrefois, ce chiffre était de 200 dollars. Ainsi, un joueur ayant passé trois ans en NBA (le minimum requis) touchait 600 dollars par mois.
  • La pension maximale (195 000 dollars sur l’année) est atteint lorsque le joueur a passé onze ans en NBA et touche cette pension à partir de 62 ans.
  • Les joueurs peuvent toucher cette pension dès leur 50 ans. Cependant, ils ont aussi droit de la toucher à 45 ans mais n’en auront que deux tiers, et ce jusqu’à la fin de leur vie.
  • Un article du Times Wire Services du 23 juillet 1990 fait mention qu’un nouvel accord permet aux joueurs entre 30 et 50 ans d’accéder à une partie de cette pension mais nous n’avons nulle autre confirmation ailleurs et rien n’y est développé. Cependant, de mémoire d’homme, nous nous souvenions avant de recourir à la recherche que les joueurs pouvaient avoir accès à cette « retraite » dès leur 40 ans.
  • Faire une saison signifie au minimum : être activé dans le roster pendant au moins 50% de la saison (comprenait du début de la saison au 2 février)
  • Un peu plus de 1330 personnes toucheraient ces pensions à l’heure actuelle.
  • Que le joueur soit Michael Jordan où ait été le douzième homme d’une franchise obscure dans les années 1970 ne changent rien à la donne. Il n’y a là ni distinctions de niveau, salaires, temps de jeu. Les joueurs sont traités en fonction de leurs années d’ancienneté en NBA.

Remplir les conditions de droit aux pensions, un objectif de carrière

De nombreux américains évoluant en Europe n’ont qu’un objectif en tête : jouer en NBA. Pourtant, ils sont nombreux à avoir cumulé les piges dans la grande ligue sans remplir les conditions d’accès à cette pension à la veille de la fin de leur carrière.

C’est le cas de Marcus Brown, comme le rappelait Daniel Edward Rosen dans le New York Times du 12 décembre 2009. Le meilleur marqueur de l’histoire de l’Euroleague a bien gagné sa vie en Europe. Comme beaucoup de joueurs, il a longtemps bénéficié en Europe d’un statut dont il n’avait pas les capacités à se forger en NBA. Un statut qui lui a permis de jouer parmi les meilleures écuries européennes et de signer des contrats en or, notamment en s’engageant plusieurs années au CSKA Moscou en 2004. Malheureusement, l’arrière scoreur n’a cumulé que 27 matchs dans sa courte carrière NBA. Carrière qui n’aura duré que… deux ans. Pas assez donc pour pouvoir bénéficier d’une pension lors de sa retraite. Aujourd’hui en toute fin de parcours au Zalgiris Kaunas, l’ancien palois et limougeaud n’a plus la prétention à 35 ans pour pouvoir effectué une nouvelle saison NBA.

Une chose que ne veut pas connaître Alex Acker. Anonyme en NBA (5 matchs avec les Pistons en 2005/06 puis 7 l’an passé toujours à Detroit et 18 avec les Clippers), comme aimait se décrire Giricek une fois de retour en Europe, Acker a cravaché à 27 ans pour cumuler derrière lui deux saisons NBA. Joueur de premier plan en Europe (Olympiakos en 2006/07, Barcelone la saison suivante et l’AJ Milan cette saison), Acker se fixe comme objectif de rejouer au moins une saison en NBA. « Jouer trois ans dans la ligue et l’organisation vous fournira un chèque pour le reste de votre vie… C’est un bon plan à mes yeux« , a-t-il confié par email au journaliste du NY Times. S’il décide de ne toucher sa pension qu’à ses 62 ans, il aura droit à 56 988 dollars par an. Avis aux amateurs…

Rien d’équivalent en Europe

Si l’Europe offre un autre statut, des salaires parfois plus importants que les salaires minimum NBA, prend souvent en charge les taxes locales et permet à nombre d’américains d’avoir un temps de jeu et une influence qu’ils n’auront jamais en NBA, elle n’offre de pension dans aucun de ses championnats. « Il n’y a rien comme ce que la NBA offre comme pension minimale« , confirme Maurizio Gherardini, assistant GM des Toronto Raptors et ancien GM du Benetton Trévise.

Et lorsque c’est les retraités NBA s’expriment, ils conseillent aux « petits jeunes » de se concentrer sur ces trois années. « Si je suis un gars qui a deux ans et demi, ou si j’ai deux ans, je veux avoir ma troisième année, même si je reste assis sur le banc« , explique Tim Bassett, joueur des Spurs et des Nets dans les années 70/80. « Avoir un peu d’argent qui rentre après toutes ces années c’est mieux que de ne rien avoir« , conclua-t-il.

Un système méconnu par les joueurs ?

Les joueurs sont les principaux concernés par ces pensions puisque c’est eux seuls qui y ont droit. Pourtant, certains propos prêtent à croire que la plupart d’entre eux ne sont pas au courant de l’existence de ces bourses. Toujours dans cet excellent article de notre confrère (oui le mot est grand mais ne nous en privons pas) du New York Times, Casey Jacobsen avouait avoir très peu penser aux pensions lors de ses quatre saisons NBA, aux Suns, Hornets et Grizzlies, avant de revenir à la raison une fois en Europe. « Maintenant, je suis content de l’avoir fait. Mon corps ne peut pas jouer éternellement« , confia-t-il dans les colonnes du journal de la Grosse Pomme.

Les joueurs pas au courant ? Pour certains, oui, pour d’autres, non. Rappelez vous. En 1998/99, Gheorghe Muresan est encore sous contrat avec les Nets. Au cours de cette saison, il rentra une fois en jeu, bien que toujours blessé. Un petit tour de trente secondes et puis s’en va. Beaucoup diront alors que Gidza aurait fait cela pour voir sa pension augmenter.

L’attraction et les problèmes d’un système que l’on ne rencontre qu’aux Etats-Unis

Les pensions, un système que l’on ne retrouve que dans le sport américain et ses grandes ligues (NFL, NHL, MLB…). Un système qui devrait permettre aux joueurs de ne pas sombrer économiquement et socialement suite à leur carrière. Pourtant, le délai étant long, de nombreux joueurs sont ruinés avant d’y avoir droit.

Car si la NBPA a dû imposer à la NBA celui-ci, c’est sans doute car la reconversion des anciens sportifs professionnels est un problème au Etat-Unis. Si elle est aussi difficile en Europe et en France, de nombreux programmes et un certain suivi fédéral permet de pouvoir éviter les catastrophes.

En attendant, ce système est bien sur des plus attractifs. La pension minimale permet aujourd’hui de pouvoir vivre aisément durant la retraite. Cela paraîtrait bête de se priver d’une telle somme.

Voila qui nous permet enfin de comprendre un peu mieux le choix des Petro, Diawara ou Mahinmi.


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